Plan de Financement Audiovisuel : structure, apports, aides !
- 5 janv.
- 8 min de lecture
Dans l’audiovisuel, le plan de financement n’est pas un simple tableau « pour faire joli ». C’est votre boussole de production : il conditionne la faisabilité du projet, la solidité juridique du montage, la crédibilité face aux partenaires, et surtout la capacité à tourner sans rupture de trésorerie. Un film, une série, un documentaire ou une publicité se financent rarement avec une seule source : vous devez assembler des briques (apports, préventes, aides, crédit d’impôt, investissements privés, banque), chacune avec ses contraintes, ses délais et ses justificatifs.
Si vous abordez ce sujet trop tard, vous risquez de subir : dossiers déposés hors calendrier, aides incompatibles entre elles, conditions de diffuseurs mal négociées, ou “closing” repoussé faute de pièces. À l’inverse, un plan structuré vous aide à arbitrer vite : ajuster le devis, sécuriser le minimum garanti, prioriser les guichets publics, et préparer un plan de trésorerie réaliste (le point que beaucoup sous-estiment).
L’objectif de cet article : vous donner une méthode claire pour bâtir un plan de financement audiovisuel cohérent, lisible et finançable - sans jargon inutile, mais avec les réflexes professionnels qui rassurent les financeurs.
Comprendre le Plan de Financement Audiovisuel : rôle, logique, lisibilité
Un plan de financement audiovisuel synthétise, en une page ou deux, la façon dont vous couvrez le coût total de votre œuvre. Vous y faites apparaître le budget (coût définitif prévisionnel) et, en face, l’ensemble des sources de financement, en distinguant idéalement ce qui est acquis, ce qui est en cours, et ce qui est envisagé. Sa force vient de sa lisibilité : un financeur doit comprendre en quelques secondes d’où vient l’argent, à quelles conditions, et si le montage est réaliste au regard du calendrier. Vous devez aussi montrer l’équilibre : pas d’angles morts (frais financiers oubliés, imprévus non provisionnés, coûts de livraison sous-estimés), pas de doublons, et une cohérence entre la nature du projet et les guichets mobilisés.
Un bon plan sert également en interne : il vous aide à piloter les priorités (prévente avant aide régionale ? crédit relais ? arbitrage sur la masse salariale ?), et à préparer le plan de trésorerie qui, lui, dicte la survie opérationnelle pendant la fabrication. Enfin, ce document fait partie d’un pack : devis, note d’intention, éléments artistiques, calendrier, contrats, hypothèses de recettes, et preuves de négociation.
Pour cadrer cet ensemble, vous pouvez vous appuyer sur un partenaire habitué aux exigences du secteur (comptabilité, fiscalité, social, reporting). Chez Moov, nous accompagnons les productions à gérer le plan de financement audiovisuel, et plus encore !

Plan de Financement Audiovisuel : budget, devis, périmètre et hypothèses !
Verrouiller le périmètre avant de “chercher de l’argent”
Avant d’empiler des lignes de financement, vous devez verrouiller ce que vous financez : format, durée, nombre de jours de tournage, lieux, niveau d’ambition artistique, contraintes techniques (VFX, étalonnage, mix, livrables). Tout changement de périmètre impacte le devis et peut rendre caducs certains accords (diffuseur, aide, coproduction).
Construire un devis “finançable”, pas seulement “juste”
Un devis finançable est :
détaillé par postes (prépa, tournage, post-prod, frais généraux, assurances, livraisons),
documenté (hypothèses de cachets, conventions applicables, locations, transports),
cohérent avec votre stratégie (par exemple : si vous visez des guichets régionaux, anticipez les dépenses éligibles sur le territoire).
Intégrez aussi une marge d’aléas (contingence) et n’oubliez pas les frais financiers si vous prévoyez des décaissements avant encaissements (ce cas est fréquent).
Distinguer budget et besoins de trésorerie
Le budget répond à “combien coûte le film”. Le financement répond à “qui paie”. Mais votre risque réel, sur le terrain, vient souvent de “quand l’argent arrive”. D’où l’importance de penser très tôt au plan de trésorerie (vous y revenez plus bas).
Les apports : fonds propres, apports en industrie, coproduction
Fonds propres et apports producteur
L’apport producteur (fonds propres) rassure. Il montre que vous prenez une part de risque et que vous ne reposez pas uniquement sur des tiers. Même modeste, il peut être structurant, notamment pour déclencher une banque ou crédibiliser un dossier d’aide.
Apports en industrie : utiles, mais à encadrer
Vous pouvez compléter par des apports en industrie : mise à disposition de matériel, réduction négociée, deferments (rémunérations différées), prestations partenaires. Attention : ces apports améliorent le coût apparent, mais ne remplacent pas la trésorerie (vous devez quand même payer certaines charges, cotisations, assurances, frais de fabrication). Documentez-les proprement (devis, conventions, valorisation).
Coproduction : partager le risque et ouvrir des portes
La coproduction (française ou internationale) apporte :
du cash,
de l’accès à des aides/territoires,
parfois un savoir-faire de fabrication ou un réseau de vente.
Elle exige une vigilance contractuelle : répartition des droits, recoupement, contrôle créatif, responsabilités, et articulation avec les diffuseurs. L’enjeu : que votre plan reste lisible et que chaque partenaire comprenne ce qu’il obtient en échange de sa participation.
Financements “marché” : préventes, diffuseurs, minimum garanti, distribution
Préventes TV/plateformes : une ligne décisive… et exigeante
La prévente peut devenir une colonne vertébrale du plan. En contrepartie, vous devez gérer :
des exigences éditoriales,
un calendrier de livraison strict,
des clauses techniques et juridiques (droits, exclusivités, fenêtres).
Préparez vos arguments : positionnement, cible, comparables, package artistique, intention de réalisation, stratégie de diffusion.
Minimum garanti (MG) et distribution
Un distributeur peut verser un minimum garanti adossé aux recettes futures. Cela peut accélérer le closing, mais implique une négociation serrée sur :
les territoires,
la durée de mandat,
les frais et commissions,
les mécanismes de recoupement.
Ventes internationales et agents de vente
Si vous visez l’international, un sales agent peut sécuriser des engagements, parfois conditionnés à un casting, à un niveau de production value, ou à un genre précis. L’important est d’éviter les promesses floues : dans votre plan, distinguez clairement ce qui est contracté de ce qui est seulement “en discussion”.

Les aides publiques au Plan de Financement Audiovisuel : CNC, collectivités, fonds territoriaux, dispositifs européens
CNC : une architecture d’aides multi-phases
Le CNC intervient à différents stades (écriture, développement, production, etc.) et selon la nature de l’œuvre (cinéma, audiovisuel, création numérique…). Votre stratégie consiste à identifier les guichets compatibles avec votre projet et votre calendrier.
Aides territoriales : un levier souvent déterminant
Les régions, départements et villes proposent des fonds, souvent conditionnés à des dépenses locales, à l’emploi de techniciens du territoire, et parfois à des partenariats de diffusion. Pour repérer les dispositifs, vous pouvez vous appuyer sur des bases de données dédiées (référencées par le CNC via Ciclic).
Europe et coproductions
Selon le montage, des dispositifs européens peuvent compléter (développement, coproduction, distribution). Là encore, la clé est la cohérence : un plan qui “tape dans tous les sens” sans stratégie claire perd en crédibilité.
Dispositifs fiscaux : crédits d’impôt et Sofica
Crédit d’impôt cinéma : règles de calcul et plafonds
Le crédit d’impôt cinéma constitue un levier majeur lorsqu’il est mobilisable. Le CNC précise notamment un taux standard de 30% des dépenses éligibles (avec conditions et plafonds), et des règles de proportion des dépenses éligibles par rapport au budget.
Crédit d’impôt audiovisuel : attention au taux et aux dates d’application
Pour l’audiovisuel, le CNC détaille le dispositif et les taux applicables selon les œuvres et les périodes (avec des textes de référence). Vérifiez systématiquement l’actualité des taux et dates, car ils évoluent.
Crédit d’impôt international : attirer des productions en France
Si vous intervenez en production exécutive sur une œuvre internationale, le crédit d’impôt international peut s’appliquer, avec des critères culturels et un plafond indiqué par le CNC.
Sofica : investissement privé encadré
Les SOFICA participent au financement d’œuvres agréées, selon des règles fiscales et administratives précises (cadre documenté dans la doctrine fiscale). Pour les particuliers, les avantages fiscaux liés aux Sofica s’inscrivent dans un régime spécifique, avec un plafonnement global des niches fiscales intégrant un plafond rehaussé pour certains investissements, dont le cinéma/Sofica.
Banque, crédit relais, gap financing : sécuriser le “closing” sans fragiliser votre production
Crédit relais sur aides et préventes
La banque peut intervenir via un crédit relais adossé à des engagements (aides notifiées, contrats de diffuseur, MG). Vous devez alors présenter un dossier “banquable” : contrats signés, échéanciers, garanties, et un plan de trésorerie crédible.
Gap financing : combler la dernière marche
Le “gap” correspond à la part non encore sécurisée mais raisonnablement prévisible (ventes à venir, compléments d’aides, etc.). C’est un outil utile, mais risqué si vos hypothèses sont trop optimistes. Votre plan doit montrer une logique de sécurisation progressive : plus vous avancez vers le tournage, plus vos lignes doivent passer de “prévisionnel” à “contracté”.
Assurances et sécurisation de fabrication
Selon l’ampleur du projet, les assurances (tournage, responsabilité, matériel, erreurs & omissions) et parfois des mécanismes de sécurisation de fin de fabrication deviennent des sujets de discussion avec les financeurs. Anticipez-les dans le budget et dans la planification.
Plan de financement vs plan de trésorerie : la zone où les projets se gagnent (ou se perdent)
Pourquoi votre trésorerie peut s’écrouler avec un plan “équilibré”
Même si votre plan finance 100% du budget, vous pouvez vous retrouver à sec si :
les aides sont payées tard,
les diffuseurs paient à la livraison,
la banque débloque par tranches,
la post-prod s’allonge,
certaines dépenses arrivent plus tôt que prévu (décors, locations, salaires).
Construire un plan de trésorerie simple mais robuste
Vous devez projeter, mois par mois (ou semaine par semaine en tournage), vos :
encaissements (avec dates réalistes),
décaissements (salaires, prestataires, charges, post-prod),
soldes cumulés (point bas de trésorerie),
besoins de financement court terme (si nécessaire).
La règle professionnelle : ce n’est pas le coût total qui tue un projet, c’est le point bas de cash. Faites-en un indicateur central.

Gouvernance, juridique et reporting : ce que les financeurs attendent vraiment du Plan de Financement Audiovisuel
Le financeur achète une méthode, pas seulement un projet
Un partenaire financeur veut voir :
qui décide (gouvernance),
comment vous contrôlez les coûts (reporting),
comment vous gérez le social (paie, intermittents, obligations),
comment vous sécurisez les droits (chaîne de droits, contrats),
comment vous maîtrisez les risques (assurances, conformité).
Reporting : votre arme de crédibilité
Mettez en place un reporting régulier :
suivi du devis vs réalisé,
suivi des engagements,
état des contrats,
suivi de trésorerie,
alertes sur dérives.
Ce niveau de discipline accélère les arbitrages et limite les mauvaises surprises.
Check-list opérationnelle pour bâtir un plan finançable
1) Clarifiez votre stratégie de financement
Quel marché (cinéma, TV, plateforme, institutionnel) ?
Quelles aides compatibles ?
Quel mix entre public/privé ?
Quel niveau de risque acceptable ?
2) Passez votre devis au filtre “éligibilité”
Dépenses territoriales si vous visez une région
Dépenses éligibles si vous visez un crédit d’impôt
Livrables si vous visez un diffuseur
3) Hiérarchisez vos démarches
D’abord les partenaires structurants (diffuseur, coproducteur)
Ensuite les aides majeures
Puis les compléments (MG, ventes, etc.)
4) Documentez chaque ligne
Dans votre plan, associez à chaque ligne :
un statut (acquis / en cours / envisagé),
un justificatif attendu (contrat, lettre d’intérêt, notification),
un calendrier probable d’encaissement.
5) Verrouillez le plan de trésorerie avant la mise en production
Si le point bas est trop bas, ajustez :
le calendrier,
certaines dépenses,
ou ajoutez un outil de financement court terme.
Pour finir : faire du Plan de Financement un outil de pilotage (pas un document figé)
Vous gagnerez en sérénité si vous considérez votre plan de financement comme un outil vivant : il évolue avec les négociations, les notifications d’aides, les arbitrages de production et les contraintes de calendrier. Votre rôle consiste à maintenir en permanence trois équilibres : (1) l’équilibre financier (le budget est couvert), (2) l’équilibre temporel (la trésorerie tient), et (3) l’équilibre contractuel (droits, obligations et contreparties restent cohérents). Si un partenaire bouge, vous devez pouvoir recalculer l’impact immédiatement : sur le devis, sur le cash, sur les livrables et sur la gouvernance.
Gardez aussi en tête un principe simple : plus votre document est lisible, plus vous avancez vite. Un plan clair, avec des statuts de lignes transparents et des hypothèses explicites, inspire confiance et accélère les validations. Enfin, si vous cherchez à professionnaliser votre montage, vous avez intérêt à vous entourer d’interlocuteurs habitués aux réalités du secteur (financement, fiscalité, social, reporting), afin de sécuriser le closing et d’éviter les erreurs coûteuses. Votre objectif reste le même : tourner dans de bonnes conditions, livrer dans les temps, et protéger la rentabilité de votre structure projet après projet.



