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Compte de Production Audiovisuelle : comment le construire et le lire ?

  • 9 janv.
  • 8 min de lecture

En production audiovisuelle, vous pilotez un projet créatif… mais vous gérez aussi une mécanique financière exigeante. Entre les dépenses de préparation, les journées de tournage, la postproduction, les contrats artistiques, les prestations techniques, les assurances, les frais de déplacement, la TVA selon la nature des opérations, ou encore les avances et subventions, tout peut vite devenir illisible si vous ne structurez pas vos flux. C’est exactement là que le compte de production audiovisuelle devient un outil central : il vous aide à suivre l’argent, à justifier les coûts, à sécuriser les financements et à prendre des décisions avant qu’il ne soit trop tard.


Vous n’avez pas besoin d’être expert-comptable pour le comprendre, mais vous devez savoir le construire correctement et le lire avec méthode. Un compte de production n’est pas qu’un tableau “dépenses/recettes” : c’est une représentation structurée de votre projet, qui parle aux financeurs, aux partenaires, aux diffuseurs, et à vous-même.


Dans cet article, vous allez voir comment organiser votre compte, quelles rubriques utiliser, comment éviter les erreurs classiques et, surtout, comment interpréter les signaux d’alerte (dérives, restes à engager, trésorerie sous tension, marges fragiles).


Pourquoi le Compte de Production Audiovisuelle est votre boussole financière ?


Un compte de production audiovisuelle n’est pas un document “administratif” de plus : vous devez le considérer comme votre instrument de pilotage. Il vous permet d’aligner votre ambition artistique avec vos contraintes économiques, de comparer le prévu au réalisé, d’anticiper vos besoins de trésorerie et de sécuriser vos relations avec les partenaires.


Sans structure claire, vous subissez les chiffres ; avec une structure cohérente, vous contrôlez les arbitrages : déplacer une journée de tournage, ajuster un casting, changer un prestataire, renforcer une assurance, ou rephaser la postproduction. Vous gagnez aussi en crédibilité : un compte lisible rassure, car il montre que vous maîtrisez la chaîne de dépenses et la logique de financement. Enfin, il facilite le travail de justification (subventions, obligations contractuelles, demandes d’aides, audits), car chaque dépense se retrouve au bon endroit, avec une pièce, un contrat, une date et une logique.


Si vous voulez transformer votre compte de production en véritable tableau de bord, faites-vous accompagner par des spécialistes du secteur : vous évitez les angles morts et vous prenez de meilleures décisions au bon moment. Chez Moov, nous accompagnons les productions audiovisuelles sur le plan comptable, et plus encore !


Compte de Production Audiovisuelle

Compte de Production Audiovisuelle : de quoi parle-t-on exactement ?


Avant de “construire” quoi que ce soit, vous devez clarifier le périmètre. Selon votre projet (court-métrage, long, documentaire, pub, série, web, clip), le compte de production peut couvrir :


  • Le coût complet du projet (du développement à la livraison),

  • Un périmètre contractuel (par exemple uniquement la fabrication si le développement est porté ailleurs),

  • Un périmètre société (si la structure porte plusieurs projets),

  • Un périmètre financeur (certains partenaires veulent une vision “éligible / non éligible”, ou “France / international”).


Votre objectif est simple : une dépense doit avoir une place unique et une logique stable. Si vous changez de périmètre en cours de route, vous créez des écarts artificiels et des incompréhensions.


Les trois fonctions du compte de production


  1. Piloter : suivre l’avancement, contrôler les engagements, arbitrer.

  2. Justifier : prouver l’éligibilité, documenter les coûts, sécuriser les contrôles.

  3. Communiquer : parler un langage commun aux partenaires (banques, diffuseurs, coproducteurs, institutions).


La distinction clé : budget vs compte


  • Le budget est votre vision prévisionnelle (ce que vous pensez dépenser/encaisser).

  • Le compte est la photographie du réel (ce que vous avez effectivement engagé, facturé, payé, reçu).


Les rubriques indispensables du Compte de Production Audiovisuelle : construire une arborescence robuste


Votre compte de production doit être lisible en une minute (vue synthèse) et exploitable en profondeur (vue détaillée). Pour y arriver, vous devez bâtir une arborescence de postes cohérente.


1) Les coûts de développement


Vous y mettez typiquement :


  • achats/cessions de droits,

  • repérages initiaux,

  • premières écritures (selon vos conventions),

  • teasers/proofs-of-concept,

  • frais juridiques de montage de dossiers.


Attention : selon la stratégie de financement, certaines dépenses de développement doivent être tracées séparément (éligibilité, refacturation, immobilisation potentielle, etc.).


2) La préparation


C’est la phase où vos engagements s’accélèrent :


  • casting,

  • repérages, autorisations, régie,

  • location ou achat de matériel (prépa),

  • contrats, assurances,

  • premiers acomptes prestataires.


3) Le tournage


La section la plus “consommatrice” :


  • salaires et charges (si vous gérez de l’emploi),

  • location matériel image/son/lumière,

  • décors, costumes, maquillage,

  • régie, déplacements, hébergement,

  • sécurité, médical, véhicules.


4) La postproduction


Souvent sous-estimée si vous ne cadrez pas :


  • montage image/son,

  • étalonnage, mixage,

  • VFX, habillage, sous-titres,

  • musique (droits, composition, enregistrement),

  • exports, masters, DCP.


5) Les frais généraux et frais de structure


Vous devez distinguer clairement :


  • frais imputables au projet,

  • frais de structure (non imputables) ou refacturés selon une clé.


6) Les imprévus et aléas


Vous pouvez prévoir une ligne “imprévus” (ou contingence). Elle n’est pas un “fourre-tout” : elle sert à absorber des écarts justifiés (météo, report, surcoûts de sécurité, changement technique).


gestion Compte de Production Audiovisuelle

Méthode pas à pas : construire votre compte de production


Vous pouvez construire un compte solide en suivant une logique séquentielle. L’objectif : éviter les postes “oubliés”, les doubles comptes et les incohérences de lecture.


Étape 1 : fixer le référentiel


Choisissez :

  • votre plan de postes (arborescence),

  • vos codes analytiques (par phase, par séquence, par département),

  • vos règles d’imputation (où va chaque type de dépense).

Une fois ce référentiel posé, vous le figez. Vous évitez de déplacer des dépenses de poste en poste “pour faire joli”.


Étape 2 : créer une colonne “engagé” (reste à engager)


Le piège classique est de regarder uniquement :

  • le facturé,

  • ou le payé.

Or, votre risque se cache dans l’engagé : devis signés, bons de commande, contrats validés, options transformées en obligations.


Votre compte doit donc suivre au minimum :

  • Prévu (budget)

  • Engagé

  • Réalisé (facturé ou comptabilisé)

  • Payé

  • Reste à engager / Reste à payer


Étape 3 : cadrer les pièces justificatives


Chaque ligne importante doit être traçable :

  • facture,

  • contrat,

  • bon de commande,

  • note de frais,

  • feuille de service,

  • relevé de paie (si applicable),

  • preuve de paiement.

Vous devez pouvoir répondre vite à : “Pourquoi cette dépense existe ?” et “À quel poste appartient-elle ?”.


Étape 4 : organiser le rythme de mise à jour


Votre compte n’est pas un document “de fin de projet”. Vous devez le mettre à jour :

  • en prépa : hebdomadaire,

  • en tournage : très fréquent (souvent quotidien ou tous les 2-3 jours),

  • en postproduction : hebdomadaire à bimensuel selon intensité.


Lire un compte de production : les indicateurs qui comptent vraiment


Lire un compte ne consiste pas à regarder “si la somme est bonne”. Vous devez apprendre à repérer les signaux faibles.


1) L’écart budget vs réalisé

  • Écart positif : vous dépensez moins que prévu (bonne nouvelle… ou poste incomplet).

  • Écart négatif : vous dépassez (mauvaise nouvelle… ou dépense mal imputée).

Vous devez toujours vous demander : écart réel ou écart de classification ?


2) Le reste à engager : votre futur caché


Un compte peut sembler “sous contrôle” alors que vous avez :

  • des contrats non facturés,

  • des acomptes à venir,

  • des options qui vont se transformer en dépenses.

Le “reste à engager” est souvent plus important que l’écart actuel.


3) Le reste à payer : votre tension de trésorerie


Même si vous êtes “dans le budget”, vous pouvez être en crise de trésorerie si :

  • vos paiements sont concentrés,

  • vos recettes sont décalées,

  • vos partenaires versent tard.

Vous devez corréler le compte de production avec un plan de trésorerie.


4) Le coût minute / coût livrable / coût journée


Selon le type de projet, vous pouvez suivre un ratio :

  • coût par minute livrée (documentaire),

  • coût par épisode (série),

  • coût par journée de tournage,

  • coût par séquence (si découpage très structuré).

Ces ratios vous aident à arbitrer rapidement.


Recettes et financements : structurer la partie “produits” sans la rendre opaque


La partie “recettes” d’un compte de production est trop souvent floue. Vous devez la structurer avec autant de rigueur que les dépenses.


Les grandes familles de financements

  • apports producteurs,

  • coproduction,

  • préachats / minimum garantis,

  • subventions et aides,

  • financements bancaires (crédit, escompte, etc.),

  • sponsoring / placements,

  • ventes internationales (selon cas),

  • apports en industrie (à traiter correctement, sans travestir le cash).


Les règles d’or

  1. Ne confondez pas une promesse et un encaissement : un accord n’est pas du cash.

  2. Documentez les conditions : calendrier, livrables, contrôles, justificatifs.

  3. Distinguez l’éligible du non-éligible si une aide l’exige.


lire un Compte de Production Audiovisuelle

TVA, international, coproductions : les zones où vous perdez de l’argent si vous improvisez


Vous pouvez respecter votre budget et perdre de la marge si vous gérez mal les règles fiscales et contractuelles. Sur certains projets, la TVA et l’international font basculer l’équation.


TVA : points de vigilance


  • nature de la prestation (service, cession de droits, location),

  • territorialité (France, UE, hors UE),

  • autoliquidation (selon situations),

  • justificatifs indispensables (facture conforme, mentions, taux, exonérations).

Une mauvaise gestion peut créer :

  • TVA non récupérable,

  • redressement,

  • surcoût net.


Dépenses à l’étranger


Vous devez cadrer :

  • devises et taux de change,

  • frais bancaires,

  • justificatifs en langue étrangère,

  • conformité des factures,

  • récupération potentielle de taxes.


Coproductions


Le compte doit pouvoir sortir :

  • une vision globale,

  • et une vision “par partenaire” (droits, parts, dépenses portées, refacturations, contributions).


Masse salariale, intermittents, prestations : comment garder le contrôle


Sur une production, la masse salariale et les prestations constituent souvent l’essentiel du coût. Vous devez éviter deux pièges : sous-estimer le coût complet et perdre la trace des engagements.


1) Coût complet de la main-d’œuvre


Vous devez raisonner en coût chargé, pas en “cachet” seul. Votre suivi doit intégrer :

  • charges,

  • congés (selon cadre),

  • frais liés,

  • éventuels coûts de gestion.


2) Contrats et avenants : l’usine à dérives


Les dérives viennent souvent des avenants non pilotés :

  • journées ajoutées,

  • heures supplémentaires,

  • changements de périmètre,

  • pénalités ou majorations.

Vous devez créer une discipline : un avenant = une ligne d’engagement mise à jour.


3) Prestations techniques


Vous devez suivre :

  • devis initial,

  • options,

  • dépassements (heures, matériel, consommables),

  • conditions de facturation (forfait vs variable).


Outils, workflow et discipline : votre compte doit vivre, pas dormir dans un dossier


Vous pouvez tenir un compte sur tableur, sur logiciel, ou via une solution hybride. Le choix importe moins que la discipline.


Votre “kit minimal” recommandé

  • un référentiel de postes (figé),

  • un tableau de suivi engagements/réalisé/payé,

  • un dossier pièces justificatives structuré (nomenclature),

  • un suivi de trésorerie,

  • un rituel de revue (réunion courte mais fréquente).


La nomenclature qui évite le chaos


Vous pouvez nommer vos pièces avec :

  • date,

  • fournisseur,

  • poste,

  • projet,

  • numéro de pièce.

Exemple de logique (à adapter) : 2026-01-15_Fournisseur_X_Postprod_Mixage_Facture_001.


comptabilité Production Audiovisuelle

Erreurs fréquentes : ce qui fait exploser un compte de production


Vous pouvez éviter 80% des problèmes en surveillant quelques erreurs récurrentes.


1) Mélanger “payé” et “coût”


Un coût existe dès qu’il est engagé / réalisé, pas uniquement quand il est payé. Si vous pilotez au paiement, vous découvrez les problèmes trop tard.


2) Laisser des postes “fourre-tout”


Des postes vagues (“divers”, “autres”) rendent votre compte inexploitable. Vous devez créer des postes précis, quitte à en regrouper ensuite en synthèse.


3) Oublier la postproduction et les livrables


Sous-titres, exports, normes techniques, masters, musiques, VFX : ce sont des postes qui arrivent souvent en fin de course… quand la trésorerie est déjà tendue.


4) Ne pas relier compte et planning


Chaque glissement planning (tournage, postprod) a un impact financier. Vous devez l’intégrer immédiatement dans le compte.


Checklist de contrôle : valider que votre compte est “pilotable”


Avant de dire “mon compte est prêt”, vérifiez que vous pouvez répondre à ces questions en moins de 2 minutes :


  • Quel est votre coût total à date (réalisé) ?

  • Quel est votre reste à engager ?

  • Quel est votre reste à payer ?

  • Êtes-vous en avance ou en retard sur le planning de dépenses ?

  • Quels sont les 3 postes les plus à risque ?

  • Quelles recettes sont promises vs encaissées ?

  • À quelle date votre trésorerie devient-elle critique si rien ne change ?

  • Pouvez-vous justifier chaque dépense significative par une pièce ?


Si vous répondez “oui” partout, vous avez un compte exploitable.


Pour finir : faites parler vos Chiffres en Production Audiovisuelle !


Un compte de production audiovisuelle bien construit n’est pas une contrainte : c’est une façon de protéger votre projet et de vous offrir plus de liberté. Quand vos postes sont clairs, vos engagements suivis et vos justificatifs organisés, vous gagnez du temps, vous réduisez le stress, et vous sécurisez vos relations avec les partenaires. Surtout, vous transformez la comptabilité en outil de décision : vous arbitrez plus vite, vous négociez mieux, vous anticipez les dérives avant qu’elles ne deviennent irréversibles.


Vous n’avez pas besoin d’un compte “parfait” dès le premier jour, mais vous devez viser un compte vivant, mis à jour, cohérent, et relié à votre réalité terrain (planning, contrats, fournisseurs, livrables). Si vous professionnalisez ce pilotage, vous améliorez votre capacité à enchaîner les projets, à convaincre des financeurs, et à consolider votre structure de production. Enfin, gardez une règle simple : tout ce qui n’est pas suivi finit par coûter plus cher. En structurant votre compte dès le départ, vous vous donnez les moyens de livrer mieux, à temps, et avec une vision financière maîtrisée.

 
 
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